La parole-suite‏

Constatant qu'il est de plus en plus difficile de s'adresser aux autres et d'être écoutée, que ce soit en petit comité ou en public, je choisi l'écriture pour exprimer ce que je ressent devant ce qui me semble être une forme de terrorisme intellectuel.
    La parole n'est plus libre.
Le langage joue pourtant un rôle déterminant
Ce talent précieux qui, dit-on, nous distingue de tous les autres êtres vivants, est devenu une arme, et pas seulement dans la bouche des manipulateurs patentés. Elle devient un moyen pour tout à chacun de s'affirmer, de marquer des points au dépend de l'autre, de le réduire au silence, là où, au contraire, elle devrait servir à tisser des liens. Plus on maîtrise la technique de la "joute verbale" tellement à la mode dans nos médias et la politique entre autres, et plus on a de chances de tuer dans l'oeuf toute possibilité de se comprendre, de s'apprécier et d'avancer ensemble.
    Il faut croire que cette société de compétition dans laquelle on nous force à évoluer depuis les années 80, nous a bien abîmés et totalement atomisés. Nous sommes tous devenus de grands solitaires, nous en souffrons, et ne trouvons manifestement plus les moyens de nous défaire de cette habitude de la "conversation violente". J'assiste à tant de simples conversations ou débats, où les échanges d'idées deviennent très rapidement des attaques ciblées de personnes, des jugements à l'emporte-pièce. Cela n'a  rien à faire dans un monde d'adultes qui se respectent comme des égaux ayant tous le droit à la parole, même lorsqu'il y a désaccord.
    Tout cela me trouble depuis si longtemps, que je cherche des réponses partout où on peut les trouver, c'est à dire dans les livres, et sur internet.
    Ma quête fut fructueuse, et depuis maintenant plusieurs années, je glisse dans toutes mes conversations les références d'ouvrages qui m'ont donné l'envie de faire évoluer les choses, au moins dans mon environnement proche. Sans beaucoup de succès, il faut bien l'avouer.
C'est pourquoi je rédige cette liste de quelques ouvrages ou sites qui me semblent apporter des réponses intéressantes à ce mal profond de notre société:


à lire sur le sujet de la manipulation par les mots

- De Normand Baillargeon: LE PETIT COURS D’AUTO-DÉFENSE INTELLECTUELLE , que l’on peut lire aussi sur le net à cette adresse:
http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/cours1.htm#PART03

- “LQR “ d’
ERIC HAZAN (ERIC HAZAN ANALYSE LES DIKTATS DU DISCOURS DOMINANT-LA FABRIQUE DU BARATIN)

- « Les mots sont des fenêtres »Initiation à la communication non-violente- Une méthode élaborée par Marshall B. Rosenberg

-
“propaganda” d’Edward BERNAYS (l’inventeur des agences de  relations publiques-en 1920-, du discours publicitaire,
de la manipulation à grande  échelle, et accessoirement l’inspirateur de Goebbels

-“le maître ignorant” de  Rancière  Sur  le principe d’égalité.

-“La politique de l’oxymore” de Bertrand Méheust
(forgés artificiellement pour paralyser les opositions potentielles, les oxymores font fusionner deux réalités contradictoires...ils favorisent la destruction des esprits, deviennent des facteurs de patologies et des outils de mensonges. Plus l’on produit d’oxymores et plus les gens sont désorientés et inaptes à penser. Utilisés à doses massives, ils rendent fou.


- indispensable, le site du collectif "les mots sont importants"  
 http://lmsi.net/
Les mots sont importants : vivre dans l’omission de cette évidence
laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes, amalgames, sophismes
et présupposés clôturant la pensée et la création mieux que ne le
ferait la plus efficace des censures.
Il n’est évidemment pas question pour nous de dicter la bonne manière
de penser ou de parler, pas plus que de dresser une liste des mots interdits.
Mais si nous ne prétendons pas connaître la bonne façon de parler,
nous considérons qu’il y en a indéniablement de mauvaises.
C’est l’analyse de certaines d’entre elles que nous proposons sur ce site,
en soulignant l’ampleur et la gravité de leurs effets : entretien
des préjugés et des politiques racistes ; légitimation de l’oppression
 dite « sécuritaire » ; euphémisation de nombreuses violences,
notamment étatiques ; occultation des questions dites « mineures »
comme le sexisme ou l'homo phobie ; triomphe du mépris de classe
et de la « guerre des civilisations »...

J’ai, il y a quelques mois, découvert l’excellent travail de Corinne Monnet sur le site  les mots sont importants: http://lmsi.net/ ,
De l’importance des mots * Distribution et redistribution de la parole.


Je voudrais faire une remarque sur le terme de stéréotype employé par Corinne Monnet dans son texte :
ex: Le stéréotype de la femme bavarde
Je suis plus sévère qu’elle, je pense qu’il ne s’agit pas de stéréotypes (expressions toutes faites) involontaires, mais qu’il s’agit bien de propagande, avec une idéologie, qui à force d’être répétée devient un stéréotype, une évidence, qu’on ne remet plus en cause.
En plus du stéréotype de la femme bavarde, on  peu citer le stéréotype de la femme vénale, dangereuse au volant, dépensière, manipulatrice etc....et si on y regarde de plus près, on voit bien le dénominateur commun: discréditer les femmes, et on voit aussi cette bonne vieille technique de manipulation, qui consiste
-à être celui qui juge et signale le défault pour ne pas être celui (homme) qui est jugé
-à attribuer à l’autre son principal défaut à soi, de manière à couper l’herbe sous le pied de l’autre.
Exemple de ce stéréotype (manipulation, propagande selon moi) : les féministes sont agressives.
C’est du terrorisme intellectuel, de la fourberie mentale, destinés à réduire l’autre au silence, à la culpabilité, à l’acceptation, à la soumission. Cela s’appelle “la domination”
Que sont sensées faire les féministes face à ce genre de manip: faire la démonstration qu’elles sont au contraire très patientes, très gentilles et tolérantes, c’est à dire beaucoup plus que les personnes qui les accusent et qui du coup ont le dessus dans ce rapport de force qui remplace le débat proposé par les féministes.
Ces “stéréotypes” sont en fait des accusations sans fondement et mêmes souvent à l’opposé de la réalité, très souvent dirigés contre les femmes.
Répéter en boucle que les femmes sont  bavardes, vénales, mauvaises conductrices, dépensières, manipulatrices, les contraint en permanence à être toujours plus irréprochables, et c’est aussi nous empêcher de voir l’essentiel:
- que les hommes (non bavards) confisquent la parole (Corinne Monnet)
- que les hommes (non vénaux) sont traders, hommes d’affaires, politiques corrompus
- que les hommes (bons conducteurs) ont beaucoup plus d’accidents que les femmes.
- que les hommes (non dépensiers) achètent davantage de voitures de luxe, de moto, bateaux et demeures luxueuses (voir à qui appartient le patrimoine mondial)     
- que les hommes (non manipulateurs) sont actuellement et depuis toujours ceux qui par leur parole, divisent les peuples, les trompent, les conduisent à se déchirer et tirent les profits de tous ces conflits (y compris les profits du conflit homme/femme).
-que les hommes (non féministes donc non agressifs) tuent en France environ 3 de leurs compagnes par semaine.
en élargissant le débat on peu ajouter: les  syndicalistes, manifestants, alter mondialistes, les  palestiniens et tous les contestataires seraient agressifs (potentiellement terroristes pour le pouvoir)puisqu’ils se défendent  etc...
Dans ce monde bipolaire où l’on admet qu’il y aie toujours un dominant et un dominé, quand le dominé se défend, il sort de son rôle et c’est lui qui est jugé.
Voilà la société que l’on nous concocte, lorsque nous acceptons de véhiculer des “stéréotypes” contre qui que se soit (racisme, sexisme, etc....pour résumer,
anti-humanisme)
Et pour se débarrasser de cet anti-humanisme, Le Féminisme et l’anti-racisme sont la voie: c’est le principe d’égalité
Cette égalité universelle et sans condition, devrait être un acquis depuis belle lurette, si nous ne nous laissions pas influencer par les propagandes des puissants qui depuis l’aube des temps nous imposent la manière dont nous devons penser.
 
Lydia de Lalauze

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Commentaires : 3
  • #1

    miluz (vendredi, 16 juillet 2010 12:54)

    Le nombre de femmes tuées (3 par semaine ou 6 par mois) fait partie du langage des chiffres dénoncé par Baillargeon. C'est du même ordre que le pourcentage de gens qui vivent avec "moins de 1 voire 2 dollards par jour. Sur quoi se basent réellement ces chiffres? Qui le sait? Le procédé est un peu léger. Car le pourcentage de femmes assassinées, même sourcés et justes, ne tiennent compte que des cas déclarés, c'est à dire avérés par les médecins légistes ayant procédé à une expertise médicale. Encore faut-il avoir porté plainte. La plupart du temps les familles ne demandent rien, ou même très souvent l'inverse c'est à dire de se taire, d'après un thanatopracteur. Cela signifie qu'ils sont bien plus élevés que ça. Et qu'il serait temps de procéder à des analyses sérieuses. Autant sur le nombre de crimes sexistes, que sur le revenu des pauvres.

  • #2

    legros (mardi, 01 février 2011 12:33)

    C'est violent surtout quand l'autre te connais bien , te prend pas o serieux...sais que tu n'est pas crédible...mdr....jean-marie..

  • #3

    cocobarth (jeudi, 23 mai 2013 22:34)

    Merci à vous, pour cet écrit, Lydia ! Je connais la difficulté de m'exprimer oralement : le sens de la réplique juste, précise, et cinglante, nécessaire à la reconnaissance sociale (comme l'argent et la propriété), m'est étranger... Bon, ça ne sera pas facile !?
    Incroyable et belle surprise en tout cas, de voir passer cette année dans la Loi française le "mariage pour tous" qui aura fait couler tant de sueurs nauséabondes et d'égosillages malfaisants ! Alors y a de l'espoir, pas vrai ?...